L’orthophonie auprès des patients souffrant d’aphasie

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La communication est une composante essentielle au fonctionnement des personnes. Elle permet d’entrer en relation avec les autres, de se faire comprendre, d’exprimer ses sentiments… Malheureusement, la perte de la capacité à communiquer est une conséquence fréquente des atteintes du cerveau, tels les accidents vasculaires cérébraux (AVC) et les traumatismes crâniens. Cette condition, appelée aphasie, est lourde de conséquences pour les personnes qui en souffrent et leurs proches.

 

L’intervention d’un orthophoniste s’avère fréquemment bénéfique pour aider la personne atteinte dans ses interactions sociales, et ce, malgré ses difficultés.

 

Dans le cadre du mois de la communication qui se déroule en mai, Amélie Bleau, orthophoniste au sein de Clinique GO™ nous renseigne sur ce trouble qu’est l’aphasie et sur la manière dont l’intervention orthophonique aide le patient à améliorer sa qualité de vie.

 

L’aphasie, un trouble complexe

L’aphasie affecte les capacités d’une personne à communiquer, que ce soit partiellement ou complètement. Celle-ci pourra avoir à la fois des difficultés à parler et à comprendre les autres.

 

Pour bien comprendre le phénomène, il convient de faire la distinction entre les troubles de langage et les troubles de parole. Quand une personne a de la difficulté à choisir ses mots, à formuler des phrases ou encore à comprendre le sens des mots, on parle d’un trouble de langage. Si on éprouve des difficultés au niveau de l’articulation et de la prononciation, on parle plutôt d’un trouble de parole. L’aphasie est, en premier lieu, un trouble de langage auquel s’ajoutent, dans bien des cas, des difficultés de parole. Une personne aphasique pourra avoir des difficultés à articuler, à parler, à comprendre, à lire et à écrire.

 

L’aphasie est une séquelle fréquente des AVC et peut également survenir dans les cas de traumatismes crâniens. Ces traumatismes peuvent entrainer des lésions dans les parties du cerveau responsables de la communication. Il est important de comprendre que, selon la gravité de l’atteinte cérébrale, la sévérité de l’aphasie peut varier. Certaines personnes peuvent perdre complètement leurs capacités de communication alors que d’autres éprouveront plutôt des difficultés, par exemple, à trouver les bons mots, à formuler des phrases, à associer leurs idées à des mots, etc.

 

La situation des patients au Québec

Le système de santé québécois assure la réadaptation des patients ayant subi un AVC ou un traumatisme crânien pendant une durée approximative d’un an, laquelle durée peut varier selon le profil de la personne et ses besoins. Durant cette période, le patient sera pris en charge par une équipe interdisciplinaire composée notamment de médecins, de physiothérapeutes, d’ergothérapeutes et d’orthophonistes. Ceux-ci agissent de concert afin de permettre au patient de retrouver, dans la mesure du possible, ses capacités initiales, notamment au niveau physique, cognitif et social.

 

Malheureusement, comme la récupération à la suite d’un AVC ou d’un traumatisme crânien est un processus graduel demandant une forte implication du patient et de ses proches, le succès de la réadaptation après cette période peut varier. La récupération à la suite d’un AVC est plus intense dans les 6 mois suivant l’incident. Passé ce stade, le patient peut prendre des mois, voire des années à retrouver ses capacités initiales ou un fonctionnement satisfaisant, mais rien n’est garanti. Les capacités de communication chez un patient aphasique ne font pas exception à cette règle.

 

De ce fait, plusieurs patients se retrouvent en quelque sorte laissés au dépourvu lorsqu’ils n’ont plus accès aux soins qui leur étaient fournis par le régime public. Lorsque les séquelles ont laissé des incapacités trop importantes, la personne ne peut reprendre ses activités d’autrefois et ce sont ses proches qui doivent désormais agir à titre d’aidants. Dans les cas graves où les séquelles sur le plan cognitif sont trop importantes, la personne peut devoir être placée en centre d’hébergement.

 

Comment l’orthophoniste peut-il alors intervenir?

Les patients et leurs proches qui éprouvent toujours des difficultés liées à l’aphasie à la suite de leur processus de réadaptation peuvent toujours profiter de l’intervention d’un orthophoniste.

 

Comme déjà mentionné, un patient aphasique pourra se sentir isolé puisqu’il a de la difficulté à se faire comprendre, à comprendre les autres, et donc, à vivre des échanges verbaux satisfaisants. Ces incapacités pourront entrainer beaucoup de frustration chez le patient, ce qui ajoutera à sa difficulté de maintenir de bonnes relations avec ses proches et avec le personnel soignant avec qui il est en contact. Cette situation est alors difficile à gérer pour l’entourage de la personne lorsque cette dernière n’a pas les outils nécessaires.

Dans cette optique, l’intervention de l’orthophoniste peut grandement aider le patient à sortir de son isolement. Cette intervention aura comme principal objectif de permettre à la personne et à son entourage de mettre sur pied des stratégies de communication qui faciliteront les échanges et qui permettront de compenser pour les difficultés que la personne aphasique présente.

 

Quels sont les moyens d’intervention de l’orthophoniste?

Tout d’abord, l’orthophoniste doit avoir une bonne compréhension de la situation de son patient. Pour y arriver, il consulte les rapports des différents professionnels étant intervenus préalablement, tant auprès de la personne aphasique qu’auprès de ses proches. Il réalise alors une évaluation orthophonique lui permettant d’évaluer les capacités d’expression et de compréhension orales et écrites de la personne aphasique, de même que ses habiletés de parole. Étant le professionnel du langage oral et écrit, l’orthophoniste possède les aptitudes et les compétences lui permettant de bien évaluer la personne aphasique.

 

L’orthophoniste sera ensuite en mesure de proposer à son patient et à ses proches différentes stratégies de communication. Ces stratégies ont pour objectif de permettre au patient de se faire comprendre par son entourage, et vice versa. Deux outils sont alors largement utilisés, soit le plan de communication et le cahier de communication.

 

Le plan de communication

Celui-ci prend la forme d’une page simple et rapide à consulter, destinée à l’entourage de la personne (ses proches, et dans certains cas son personnel soignant) pour permettre de faciliter les échanges. Il contient des informations essentielles comme :

  • Ce que la personne aime : en général ou par rapport à ses relations interpersonnelles;
  • Ce qu’elle n’aime pas;
  • Comment communique-t-elle : utilisation de mots isolés, de petites phrases, etc.;
  • Comment communiquer avec elle : lui laisser du temps pour répondre, faire des phrases simples, etc.

 

Le plan de communication vise donc à faciliter les échanges entre la personne et ses proches afin de lui permettre, notamment, de faire comprendre ses besoins et donc d’améliorer son bien-être.

 

Le cahier de communication

Celui-ci est un outil servant aux proches de la personne à clarifier les échanges ou à entretenir une conversation plus complexe. Il pourra contenir des mots écrits, des pictogrammes ou des photos significatives (par exemple des photos des membres de la famille, ses activités préférées, etc.) qui faciliteront les échanges. Cet outil est créé par l’orthophoniste en tenant compte des forces et des faiblesses du patient au niveau de l’expression et de la compréhension, à l’oral et à l’écrit.

 

Orthophonie et déficiences cognitives

L’orthophoniste est aussi en mesure d’intervenir auprès des patients qui ont des déficits cognitifs causés par des maladies comme l’Alzheimer, le Parkinson ou par tout autre type de démence impliquant une atteinte du langage ou de la parole. Puisque ces patients ne peuvent généralement pas récupérer leurs capacités en raison du caractère neurodégénératif de la maladie, l’intervention visera surtout à préserver les meilleures interactions de communication possibles, et ce, malgré les atteintes langagières et cognitives croissantes. L’orthophoniste peut alors fournir à l’entourage du patient des stratégies de communication pour faciliter les échanges et les rendre plus agréables. Encore une fois, l’écoute offerte par l’orthophoniste aidera à contrer l’isolement dans lequel se retrouve le patient.

 

Les orthophonistes de Clinique GO™

Clinique GO™ offre du soutien professionnel auprès des personnes aphasiques et de leurs proches. Nos orthophonistes se déplacent au domicile de leurs patients ou dans les établissements de soins pour leur permettre de pallier aux difficultés de communication avec lesquelles ils sont aux prises. L’intervention de nos professionnels se fait toujours dans le but d’améliorer leur qualité de vie en favorisant la communication, de façon adaptée pour chaque condition et situation.

 

 

Amélie Bleau a obtenu sa maîtrise professionnelle en orthophonie à l’Université de Montréal. Très tôt, elle s’est intéressée à la clientèle adulte aux prises avec les séquelles d’un AVC, d’un traumatisme crânien ou de diverses maladies dégénératives. Passionnée par tout ce qui touche la cognition et le cerveau humain, elle travaille dans le milieu de la réadaptation afin de redonner une voix à ceux qui n’en ont plus. Chaque jour, elle aide ses patients et leurs proches à améliorer leurs capacités de communication et par le fait même leur qualité de vie.
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